Le procès du géant pétrolier français s’est clôturé jeudi dernier à Paris, à la suite d’une action initiée en 2018 à l’initiative de la députée européenne écologiste Marie Toussaint, puis portée en justice par une coalition composée des associations Notre Affaire à Tous, Sherpa, France Nature Environnement et ZEA – plus tard rejointes par 13 collectivités, dont la Ville de Paris. L’audience s’était tenue – fait rare – sur deux jours, en février dernier. Finalement, par jugement du 25 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a une nouvelle fois condamné la multinationale (sa dernière condamnation remontant au 23 octobre 2025, voir notre article à ce sujet), cette fois-ci pour violation de son devoir de vigilance climatique.

La requête était basée sur la Loi sur le devoir de vigilance, en vigueur depuis mars 2017 en France, qui exige des entreprises employant plus de 5’000 personnes en France ou 10’000 dans le monde de mettre en place un plan de vigilance afin d’identifier les risques de leurs activités et prévenir les atteintes graves aux droits humains, à la santé et à l’environnement.

Dans son jugement, le tribunal reconnait que les risques climatiques entraient dans le champ d’application de cette loi. Ainsi, les entreprises concernées sont tenues d’identifier les risques que leurs activités et celles de leurs succursales font peser sur le climat et de prendre les mesures de prévention appropriées pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Cela concerne non seulement les émissions directes de l’entreprise, dites de scope 1 et 2, mais également les émissions dites de scope 3, générées par l’utilisation des produits vendus par TotalEnergies – par exemple la consommation d’essence individuelle des consommateur·ice·s –, lesquelles représentent près de 90% de l’empreinte carbone de la multinationale. Celle-ci a tenté de faire valoir qu’elle n’avait aucun contrôle sur ce type d’émissions et qu’elles relèveraient de la seule responsabilité de ses client·e·s. La Cour a rejeté cet argument, en relevant que l’extraction du pétrole ou du gaz visait manifestement leur mise sur le marché puis leur consommation et qu’il existait un lien de causalité très fort entre dite extraction et les émissions engendrées in fine. Ainsi, d’après le tribunal, TotalEnergies peut exercer une influence sur ces émissions.

Le tribunal interprète largement la Directive européenne CS3D du 13 juin 2024 sur les obligations des entreprises multinationales en matière de droits humains et d’environnement et confirme que les considérations climatiques font partie de son champ d’application.

Le tribunal a ordonné à TotalEnergies de publier un nouveau plan de vigilance dans les six mois à venir. Celui-ci devra comprendre une évaluation des risques climatiques – en intégrant les émissions de scope 3 – et des mesures appropriées pour les mitiger. Le choix des mesures concrètes est laissé à l’entreprise, mais si la Cour estime ses propositions insuffisantes, elle pourrait prononcer une nouvelle condamnation et l’enjoindre de prendre des mesures supplémentaires, notamment pour prévenir des dommages écologiques à l’atmosphère. Le tribunal a suspendu sa décision jusqu’à l’audience de vérification prévue le 21 janvier 2027.

Les requérants avaient également demandé que TotalEnergies réduise drastiquement sa production d’hydrocarbures afin de s’aligner sur l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, visant à limiter le réchauffement global à 1.5 °C, ce qui n’a toutefois pas été accordé par la Cour. Celle-ci a également refusé d’ordonner à la multinationale de réduire de 27% sa production de pétrole et de 25% sa production de gaz en 2030.

La prise en compte des émissions de scope 3 dans le devoir de vigilance des multinationales constitue le cœur du jugement. Il s’agit d’un tournant majeur, d’autant plus que cette jurisprudence a vocation à s’appliquer non seulement à TotalEnergies, mais à toutes les grandes entreprises françaises soumises à la Loi sur la vigilance, dont les émissions indirectes dépassent bien souvent les émissions directes.

Ce jugement crucial, rendu alors que l’Europe traverse une période de canicule sans précédent, rappelle que les multinationales ont également leur part de responsabilité – et pas des moindres – dans la protection du climat, pour tenter de faire en sorte que celui-ci reste viable à l’avenir.

Vous pouvez consulter le jugement du Tribunal judiciaire de Paris ici.

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TotalEnergies wegen Verletzung seiner Sorgfaltspflicht im Klimabereich verurteilt

Der Prozess gegen den französischen Ölriesen wurde am vergangenen Donnerstag in Paris abgeschlossen. Auslöser war eine Klage, die 2018 auf Initiative der grünen Europaabgeordneten Marie Toussaint angestrengt und anschliessend von einer Koalition aus den Verbänden „Notre Affaire à Tous“, „Sherpa“, „France Nature Environnement“ und „ZEA“ vor Gericht gebracht wurde – später schlossen sich 13 Kommunen an, darunter die Stadt Paris. Die Verhandlung fand im vergangenen Februar an zwei Tagen – was selten vorkommt – statt. Schliesslich hat das Pariser Gericht mit Urteil vom 25. Juni 2026 den multinationalen Konzern erneut verurteilt (die letzte Verurteilung datiert vom 23. Oktober 2025, siehe unseren Artikel zu diesem Thema), diesmal wegen Verletzung seiner Sorgfaltspflicht im Klimabereich.

Die Klage stützte sich auf das seit März 2017 in Frankreich geltende Gesetz über die Sorgfaltspflicht, das von Unternehmen mit mehr als 5.000 Beschäftigten in Frankreich oder 10.000 weltweit verlangt, einen Sorgfaltsplan einzuführen, um die Risiken ihrer Aktivitäten zu identifizieren und schwerwiegende Verletzungen der Menschenrechte, der Gesundheit und der Umwelt zu verhindern.

In seinem Urteil erkennt das Gericht an, dass Klimarisiken in den Anwendungsbereich dieses Gesetzes fallen. Somit sind die betroffenen Unternehmen verpflichtet, die Risiken zu identifizieren, die ihre Aktivitäten und die ihrer Niederlassungen für das Klima darstellen, und geeignete Präventionsmassnahmen zu ergreifen, um ihre Treibhausgasemissionen zu reduzieren.

Dies betrifft nicht nur die direkten Emissionen des Unternehmens, die sogenannten Scope-1- und Scope-2-Emissionen, sondern auch die sogenannten Scope-3-Emissionen, die durch die Nutzung der von TotalEnergies verkauften Produkte entstehen – beispielsweise durch den individuellen Benzinverbrauch der Verbraucher*innen –, und die fast 90 % des CO₂-Fussabdrucks des multinationalen Konzerns ausmachen. Das Unternehmen versuchte geltend zu machen, dass es keinerlei Kontrolle über diese Art von Emissionen habe und diese allein in der Verantwortung seiner Kund*innen lägen. Das Gericht wies dieses Argument zurück und stellte fest, dass die Förderung von Erdöl oder Erdgas offensichtlich auf deren Inverkehrbringen und anschliessenden Verbrauch abziele und dass ein sehr starker Kausalzusammenhang zwischen dieser Förderung und den letztendlich verursachten Emissionen bestehe. Somit kann TotalEnergies nach Ansicht des Gerichts Einfluss auf diese Emissionen ausüben.

Das Gericht legt die europäische CS3D-Richtlinie vom 13. Juni 2024 über die Verpflichtungen multinationaler Unternehmen in den Bereichen Menschenrechte und Umwelt weit aus und bestätigt, dass klimabezogene Erwägungen in deren Anwendungsbereich fallen.

Das Gericht hat TotalEnergies angewiesen, innerhalb der nächsten sechs Monate einen neuen Sorgfaltsplan zu veröffentlichen. Dieser muss eine Bewertung der Klimarisiken – unter Einbeziehung der Scope-3-Emissionen – sowie geeignete Massnahmen zu deren Minderung enthalten. Die Wahl der konkreten Massnahmen bleibt dem Unternehmen überlassen; sollte das Gericht dessen Vorschläge jedoch für unzureichend erachten, könnte es eine neue Verurteilung aussprechen und das Unternehmen anweisen, zusätzliche Massnahmen zu ergreifen, insbesondere um Umweltschäden an der Atmosphäre zu verhindern. Das Gericht hat seine Entscheidung bis zur für den 21. Januar 2027 angesetzten Überprüfungsverhandlung ausgesetzt.

Die Kläger hatten ausserdem gefordert, dass TotalEnergies seine Kohlenwasserstoffproduktion drastisch reduziert, um sich an das ehrgeizigste Ziel des Pariser Abkommens anzupassen, das darauf abzielt, die globale Erwärmung auf 1,5 °C zu begrenzen; dies wurde vom Gericht jedoch nicht gewährt. Das Gericht lehnte es zudem ab, dem multinationalen Konzern aufzuerlegen, seine Ölförderung bis 2030 um 27 % und seine Gasförderung um 25 % zu reduzieren.

Die Berücksichtigung der Scope-3-Emissionen im Rahmen der Sorgfaltspflicht multinationaler Unternehmen bildet den Kern des Urteils. Dies ist ein bedeutender Wendepunkt, zumal diese Rechtsprechung nicht nur für TotalEnergies gelten soll, sondern für alle grossen französischen Unternehmen, die dem Sorgfaltspflichtgesetz unterliegen und deren indirekte Emissionen häufig die direkten Emissionen übersteigen.

Dieses entscheidende Urteil, das zu einem Zeitpunkt gefällt wurde, an dem Europa eine beispiellose Hitzewelle durchlebt, erinnert daran, dass auch multinationale Unternehmen einen – und zwar keinen geringen – Anteil an der Verantwortung für den Klimaschutz tragen, um dafür zu sorgen, dass dieser auch weiterhin lebenswert bleibt. Das Urteil des Pariser Gerichts können Sie hier einsehen (auf Englisch).

Marion Chautard